Les hedge funds (ou fonds alternatifs)

Beaucoup de choses sont dites et écrites sur ces enfants terribles des marchés financiers. Mais ce que sont vraiment ces fonds, est peu connu. Ci-dessous une brève introduction dans le monde de ces fonds.

Qu’est-ce qu’un hedge fund ?

Les hedge funds, appelés en langue Française fonds alternatifs ou fonds spéculatifs, sont des fonds qui sont soumis à moins de régulations que les fonds d’investissements, fonds de pension ou fonds d’assurances. Ils sont libres dans le choix de leurs objectifs de placement, peuvent utiliser n’importe quel type d’instrument ou de technique financière (parmi celles-ci les ventes à découvert notamment), et peuvent intervenir indifféremment sur les marchés au comptant et sur les marchés à terme. Ils ont également la possibilité de s’endetter.

Puisque le verbe anglais “to hedge” signifie “couverture”, on est en droit de penser que les hedge funds réduisent les risques inhérents à leurs investissements par des transactions de couverture. Beaucoup d’entre eux le font, mais ce n’est pas une obligation, et le choix de couvrir ou non toute ou partie des risques dépend de la stratégie d’investissement du fonds.

Quelles sont les stratégies appliquées par les fonds alternatifs?

Il existe un grand nombre de stratégies différentes. Les fonds de type “global macro”, comme le fonds Quantum du celèbre George Soros, cherchent par exemple à tirer profit de pronostiques macroéconomiques et peuvent, en principe, intervenir avec n’importe quel produit financier sur n’importe quel marché financier du monde.

D’autres fonds cherchent à exploiter des différences de prix sur des marchés ou segments de marché spécifiques. Un fonds qui, par exemple, juge l’action Société Générale sous-évaluée par rapport à l’action BNP Paribas, va acheter des actions Société Générale et vendre (à découvert) des actions BNP Paribas.

Les stratégies les plus utilisées feront prochainement l’objet d’un article dédié.

Comment sont nés les hedge funds?

C’est l’Américain Alfred Winslow Jones qui est considéré comme étant le créateur du premier fonds alternatif, dans l’époque d’après-guerre. Mais la grande croissance de ces fonds date des années 1990. Dans le sillon de la baisse des marchés, qu’avait provoqué l’éclatement de la bulle internet, de nombreux gérants de fonds de renom se sont mis à leur propre compte pour fonder des fonds alternatifs, engrangeant grâce à la chute des cours, et à la rallye qui suivait, des rendements qu’il leur aurait été impossible d’atteindre avec les instruments et techniques à disposition des gérants de fonds traditionnels.

Dans son livre “More money than God”, Sebastian Mallaby écrit que “les hedge funds sont des véhicules pour individualistes dont les ambitions sont trop grandes pour s’intégrer dans une institution financière établie”. Le plus grand gérant de fonds alternatifs est cependant la banque d’investissements américaine JP Morgan. La société Bridgewater, basée dans le Connecticut, est, avec près de 80 milliards de dollars sous gestion, le plus important gérant de fonds indépendant. Comme Bridgewater, de nombreux autres hedge funds ont élu siège au nord de New York.

Qui fournit les hedge funds en liquidités ?

Les fournisseurs de liquidités des hedge fonds sont des investisseurs institutionnels, comme les banques, les assureurs, les fonds de pensions, même des fondations, fonds d’Etat, banques centrales ou familles fortunées. Le ticket d’entrée pour un investisseur vaut souvent un million d’euros.
Les hedge funds ont profité, durant la décennie qui précédait la crise, de la popularité de ce qu’on appelait la gestion alternative, qui comprenait, outre les fonds de capital privé, les fonds de capital risque, l’immobilier et les matières premières. Avant la crise, la gestion alternative a fréquemment atteint des rendements au-dessus de la moyenne.
De nombreux hedge funds empruntaient donc à bon prix des liquidités supplémentaires, créant ainsi un levier pour améliorer leur profil de rendement.

Qu’est-ce que les fonds de hedge funds ?

Il s’agit de fonds alternatifs qui investissent, à leur tour, dans d’autres fonds alternatifs. Dans de nombreux pays, les petits porteurs n’ont pas le droit d’investir directement dans un hedge fund, les fonds de hedge funds leur sont par contre accessibles.

Comment s’explique la richesse de bon nombre de gérants de ces fonds?

La rémunération des hedge funds est librement négociée entre les gérants de fonds et l’apporteur de liquidités. On rencontre fréquemment un modèle nommé “2 plus 20”, signifiant que le gérant demande à l’investisseur une commission annuelle de 2% du montant investi, plus 20% des bénéfices réalisés.
Souvent la distribution des bénéfices est liée au dépassement d’un rendement minimum, appelé watermark. Le gérant américain John Paulson a réalisé plusieurs milliards de dollars de bénéfices, en prévoyant l’effondrement du marché subprime aux Etats-Unis, et en pariant en conséquence. 40% des fonds n’ont, cependant, pas été bénéficiaires l’année dernière.

Comment évolue ce secteur?

Depuis la crise financière, le developpement a été nettement freiné. Le nombre de hedge funds au monde a reculé de plus de 10 000 à 9 000, l’actif sous gestion étant de 1 700 milliards de dollars.

Le secteur a souffert d’énormes pertes de liquidités durant la crise, et les résultats ont souvent été très mitigés. Cependant, et justement parce qu’il est si difficile d’obtenir des rendements élevés sur les marchés, de nombreux fonds de pensions, assurances, et gérants de fonds, essaient d’améliorer leur rendement en investissant au moins une partie de leurs liquidités en fonds alternatifs.

Où sont localisés les hedge funds?

Il faut distinguer entre les actifs à gérer d’une part, et les gérants de fonds d’autre part. Dans 59% des cas, les liquidités des fonds sont tenues à des places dites “offshore”, comme les Iles Cayman, afin d’éviter une double imposition des investisseurs internationaux.

Les gérants qui gèrent ces fonds sont généralement basés dans les grands centres financiers mondiaux, donc la plupart du temps à Londres ou New York, en Suisse et, de plus en plus, à Hong Kong ou Singapour.

Les fonds alternatifs sont-ils régulés?

Il est important de distinguer entre régulation, enregistrement et surveillance. Les gérants de fonds ont l’obligation de s’enregistrer dans les centres financiers comme Londres. Aux Etats-Unis existaient jusqu’à présent de nombreuses particularités et exceptions à l’obligation d’enregistrement, qui ont depuis été durcies. Les hedge funds ne sont pas régulés au même degré que les banques, puisqu’ils gèrent l’argent d’investisseurs institutionnels et non pas de petits porteurs, dont l’obligation de protection est plus importante.

Les hedge funds sont surveillés par les autorités de surveillance nationales, qui veulent, avec l’aide directe et indirecte des banques, s’assurer que les hedge funds satisfont certains critères, comme l’existence d’une gestion des risques professionnelle, la pratique de la transparence, la présence d’un capital propre minimum, et une évaluation indépendante de leurs portefeuilles.

Ces règles ont été durcies en Europe par la directive AIFM. Pour cette raison, les fonds alternatifs délèguent de plus en plus les tâches de contrôle à des administrateurs. Les banques HSBC et State Street comptent parmi les plus importants administrateurs de fonds alternatifs.

Les fonds alternatifs sont ils cotées en Bourse?

Certains grands fonds alternatifs, comme par exemple le MAN Group (LSE), sont cotés en Bourse. Lorsqu’un fonds est coté en Bourse, il est soumis à toutes les obligations auxquelles sont sujets les entreprises cotées en Bourse. Dans ce cas, les hedge funds sont également directement soumis au contrôle des autorités de surveillance nationales.